Château Laroque

20 Nov 2018
David Suire est le directeur d’exploitation du Château Laroque, propriété familiale bordelaise.

David Suire est le directeur d’exploitation du Château Laroque, propriété historique familiale de Saint Emilion, qui appartient à la famille Beaumartin.

Je suis né dans une famille de vignerons-bouilleurs de cru de la région de Cognac, en Charente-Maritime. Ma famille « baigne » dans la culture du Cognac depuis des générations, mais c’est pourtant le vin qui a retenu mon attention. Je me suis passionné très jeune pour la culture viticole et ai suivi des études d’oenologie à Bordeaux. Après une jolie première expérience en Californie, à Ridge Montebello, j’ai terminé mes études et ai commencé jeune, à seulement vingt-deux ans, à travailler à Saint-Emilion, aux côtés de Nicolas Thienpont sur le magnifique vignoble en coteau de Larcis Ducasse. Plus de quinze ans plus tard, je continue à travailler avec Nicolas sur deux domaines, et reprend parallèlement la direction du Château Laroque, sur proposition de Xavier Beaumartin qui assure la gérance depuis 2004 de ce cru classé de Saint Emilion.

Laroque est une des plus anciennes propriétés de Saint-Emilion et la plus vaste à ce jour. Les archives témoignent déjà de la présence du château au XIIème siècle : à l’époque, Laroque est une forteresse médiévale située en bordure du plateau calcaire dominant la vallée de la Dordogne, à deux pas du village de Saint-Emilion, position stratégique pour protéger la Juridiction de Saint-Emilion. Sans doute durement touché par les batailles de la guerre de cent ans, le château, est reconstruit au XVIIIème siècle par le Marquis de Lavie, et les plus belles terres calcaires sont choisies pour cultiver la vigne. Son action à la tête de la propriété, poursuivie par le Comte de Rochefort et le régisseur des lieux, Paul Boisard, propulse Laroque au rang des crus viticoles les plus réputés de la région. Le domaine aborde le XXème siècle sans grande inquiétude… Mais la Première Guerre Mondiale et la crise des années 1930 conduisent les Rochefort-Lavie à la ruine.

Après ces épreuves, la résurrection du château et de ses vins s’opérera à partir de l’année 1935 par les efforts continus d’une nouvelle famille : les Beaumartin. De décennie en décennie, le Château Laroque retrouve son audace, sa signature et se positionne parmi les meilleurs en tant que Grand Cru Classé à l’occasion du classement de Saint-Emilion de 1996.

L’attachement de la famille à ce territoire de toute beauté ne se dément pas. Aujourd’hui constituée de 85 hectares de terres, une partie en prairie et en bois, et 61 hectares plantés de vignes sur les superbes plateau et coteau sud de Saint-Emilion, Laroque est un paysage de toute beauté. Amoureux des lieux, ils sont conscients de la situation privilégiée de Laroque qui rend la culture de la vigne aisée.

Nous sommes convaincus, comme beaucoup de vignerons amoureux de leur terre, que le paysage a un goût et que cultiver le caractère unique du lieu, riche et complexe à la fois, est essentiel.

Cette idée peut sembler farfelue, mais l’environnement immédiat de nos vignobles, le sol, la flore, la faune, ce milieu vivant dans lequel s’épanouissent nos pieds de vignes est de toute évidence source d’équilibre et de vie pour nos vignes. Et pour nos vins.
Sur nos terres calcaires, très fraîches, le Merlot est notre cépage roi. Pour nous, le cépage adéquat est celui qui s’efface devant le sol : nous considérons avoir trouvé le bon quand le vin n’en a pas le goût.

Le cépage bien choisi, c’est le témoin transparent, sans filtre, de l’expression du sol.

J’aimerais qu’en goûtant un Laroque, vous ne sachiez pas reconnaître le cépage. Nous même en faisons régulièrement l’expérience. Les vins de Laroque sont des vins marqués par le calcaire, signature historique des vins de Saint-Emilion. Ce sol donne des vins brillants, cristallins, d’une grande droiture, avec parfois une forme d’austérité qui leur confère une excellente tenue et une tonalité fraîche. La palette aromatique de nos vins est très vaste. Selon la nature des argiles et des calcaires, les expressions peuvent être florales, sur le pollen et les agrumes ; mais aussi racinaires, évoquant le sous-bois et la truffe quand l’argile se fait plus présente. Les expressions sont d’une telle variété selon l’âge du vin et son millésime, que les accords à imaginer peuvent aller du homard au gibier, en passant par une jolie pièce de bœuf.

Bordeaux pâtit parfois d’une approche aristocratique de ses crus, mais Bordeaux n’est pas que cela : elle a une longue culture viticole, « paysanne » au sens noble du terme. Il ne faut d’ailleurs pas hésiter à venir à la rencontre des vignerons que nous sommes.

Nous tenons à faire passer dans nos vins le message de nos terres, ce « sel » qui signe le terroir, et à le partager.

A titre personnel, j’aime les vins de Bordeaux, d’ailleurs aussi, peut-être du fait que je ne suis pas né à Bordeaux. Tant que les hommes ou des femmes qui cultivent la vigne travaillent à faire des vins savoureux, témoins de leur terroir.